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BLEU CERISE par Serge MEURANT

L’engagement à l’armée demeure pour les jeunes hommes un moment crucial, un rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte. Pour Gaël et Kevin qui ont grandi dans une vallée reculée des Alpes, il apparaît comme une opportunité de voir le monde, de se choisir un destin, mais aux risques de rompre avec leur milieu. Pire, le bataillon des Chasseurs Alpins qu’ils rejoindront sera envoyé en Afghanistan.

Manon Coubia s’introduit dans leur vie à ce moment où leur choix se précise, sans être définitivement fixé. Ils ont ou vont fait leurs classes, ont prêté serment au drapeau , sont partis en manœuvres. Ils échangent leurs impressions sur les changements survenus dans leur vie.

La cinéaste connaît bien ces jeunes gens et ce pays auquel ils sont attachés mais qui ne peut les nourrir. Elle les approche avec une familiarité ferme et douce à la fois et sonde leurs motivations, souligne leurs hésitations. Elle nous les montre comme appartenant à une même fratrie. Elle bouscule , sans discours, l’image virile de l’engagé volontaire. Elle nous livre le portrait étonnant d’une jeunesse lucide et vulnérable, soumise aux règles de l’armée avec un sentiment de reconnaissance car sans doute n’y a-t-il pas d’autre choix .

Les portraits de Gaël, de Kevin et de leurs camarades, sont empreints d’une grande empathie. Une impression de proximité en émane, renforcée par le choix des lieux familiers et clos ( la cuisine notamment), il y a aussi ces tâtonnements , ces aveux à demi mots : « Je n’aimais pas l’école » ; « Je n’aimais pas l’autorité ».« J’écrivais de la poésie, mais l’inspiration m’a quitté » , mais aussi « Je suis devenu ce que je voulais être ». Des interrogations aussi sur la manière dont les amies, les parents vivent la séparation prochaine et le métier des armes.
Quelques séquences d’entraînement , de combats nocturnes, encadrent ces portraits, en restituent le contexte. Il y a aussi l’avertissement de ce qui attend les engagés volontaires en Afghanistan, sont-ils bien conscients de ce qui peut arriver ?
La communauté est présente à travers les défilés dans le village et dans le bal du 14 juillet. On dirait qu’elle aussi approuve le sacrifice de ses jeunes, docilement . Ils se mêlent aux danseurs sous les feux d’artifices.

Manon Coubia réalise avec « Bleu Cerise » un documentaire non conventionnel.
Elle ne porte aucun jugement. Elle témoigne d’un apprentissage et d’un choix de vie avant que l’étau ne se resserre sur ces jeunes hommes, nos héros vulnérables.

Serge Meurant
9 décembre 2011



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